Wendelstein 7-X: c’est le petit nom donné par nos voisins allemands* à l’une de leurs quatre installations de fusion nucléaire (+ = lien externe Wikipédia – France) ; le petit frère du projet international ITER+ à Cadarache, en quelque sorte.

 

Niché près de la ville de Greifswald (Université+), à quelques kilomètres des côtes de la Baltique, l’engin de seize mètres sur seize est le fruit d’un lent travail. Car il aura fallu dix ans pour en planifier l’existence et encore autant pour que la machine voit le jour. Les expériences ont cependant débuté en 2015.

 

Au-delà des prouesses théoriques, scientifiques et techniques que représentent la réalisation et la maîtrise de la fusion nucléaire, il y a la nécessité de satisfaire cette insatiable besoin d’énergie et l’espoir d’utiliser des énergies moins dangereuses ou moins polluantes.

 

Inutile de dire que ce dernier argument est loin de faire l’unanimité et qu’il est naïf de penser qu’un processus de fusion soit exempt de radioactivité ! Pour autant, si la fission consomme des centaines de tonnes de matériaux radioactifs, la fusion n’a besoin que de quelques grammes. Globalement, cette mutation devrait donc représenter un bonus pour l’humanité.

 

Ceci explique pourquoi notre voisin oriental immédiat (l’Allemagne), ayant fait le choix de sortir du nucléaire -et bien que les énergies solaires et éoliennes représentent aujourd’hui déjà dix-huit pour cent de ses sources d’énergie- tente de compenser la perte générée par la fermeture programmée des mines de charbon (la dernière mine en service a fermé en octobre 2018) et des centrales nucléaires classiques par la production d’une autre forme de courant.

 

Si la stratégie se comprend aisément et peut inspirer utilement d’autres pays européens, elle reste l’objet d’âpres débats, tant au niveau des scientifiques que des acteurs décisionnaires. Pendant que certains souhaitent l’arrêt total du projet, d’autres font remarquer que la fusion ne peut s’obtenir qu’à l’aide de grandes installations fort couteuse ; or, en 2018, les projets allemands de fusion nucléaire ont reçu trois fois moins de subventions que ceux destinés à la mise en œuvre d’énergies alternatives moins polémiques.

 

A titre indicatif, le projet ITER va engloutir vingt milliards d’euros d’ici 2035 alors que l’Allemagne fédérale consacre un peu moins de cent quarante millions d’euros annuellement à son projet. Il semble donc meilleur marché. Les deux projets ne sont cependant pas totalement concurrentiels et exclusifs l’un de l’autre puisque, techniquement, l’Allemagne réalise dans ses installations le travail précurseur et pionnier indispensable à la mise en route d’ITER. La première production est attendue pour 2022, autant dire demain.

 

Les espoirs soulevés par ce projet dépassent toutefois largement les frontières germaniques et européennes puisque des sociétés canadiennes et américaines investissent déjà massivement dans un certain nombre de start-ups. Cet engouement est largement justifié par le fait que, malgré les critiques, le succès assurerait à l’humanité de sortir pour la première fois de son histoire d’une dépendance aux énergies fossiles. Dans tous les cas de figure, et quoiqu’il arrive, la production massive, effective et stable de ce nouveau courant -jugé propre en comparaison avec d’autres- doit intervenir au plus tôt vers 2050 …  

 

© Thierry PERIAT, 16 janvier 2019.

 

Source* : Handelsblatt+, Strom aus Kernfusion soll die Energiewelt revolutionieren; 14 Januar 2019.